Des solutions durables pour l'agriculture ?

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Stéphane LEITENBERGER / ADEME

Selon des estimations compilées par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), d'ici à 2050, la production alimentaire devra augmenter de 60 % pour nourrir une population mondiale de 9,3 milliards.

Le défi de demain a donc plusieurs dimensions : il faut produire plus pour nourrir plus de bouches, en assurant pour tous un régime alimentaire équilibré et en respectant davantage l’environnement.

Cela passe par une agriculture qui consomme moins d’énergie (et d’autres énergies que le pétrole), moins d’eau, et préserve l’eau et la qualité des sols. Mais les changements viendront également de nos choix de consommation et de nos comportements.

Limiter le gaspillage alimentaire

Le gaspillage intervient à chaque étape de la chaîne alimentaire, depuis la culture du produit, jusqu’à sa consommation : lors de la transformation du produit, de son transport, mais aussi chez le détaillant, les restaurants, les foyers.

  • Dans les pays les plus pauvres, la majorité des pertes a lieu au moment de la récolte (15 à 35 % de perte dans les champs) et au moment de la fabrication, du transport et du stockage (10 à 15 %) ;
  • dans les pays riches, nous jetons beaucoup (30 kg d’aliments jetés par an et par personne), parfois même des produits encore emballés (7 kg par an et par personne).

Il est donc capital de limiter les pertes lors de la récolte dans les pays du Sud, et dans les pays du Nord, d’adapter notre consommation pour éviter les gaspillages.

Adopter des choix alimentaires moins impactant pour la planète

Chaque aliment a un impact environnemental plus ou moins élevé. Chacun peut agir à son niveau pour s’assurer un régime alimentaire de qualité qui contribue également à préserver les ressources.

Avant tout, il s’agit d’avoir une alimentation la plus diversifiée possible en appliquant plusieurs grands principes :

  • consommer des fruits et légumes variés, frais, de saison, produits localement et de manière plus respectueuse de l’environnement ;
  • adapter les quantités consommées à nos besoins (sédentaire, sportif…) ;
  • équilibrer les sources protéiques, entre les céréales (de préférence complètes), les légumes secs (pois, lentilles, haricots secs…) et les produits animaux (œufs, lait, viande). Pour la viande qui a un impact environnemental plus élevé que la plupart des produits végétaux, il importe de la consommer avec modération en privilégiant des produits de qualité issus d’élevages durables (élevage à l’herbe pour les bovins, etc.).

Voir les recommandations du Programme national nutrition santé

Quelle place pour les biocarburants ?

Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre des voitures thermiques, des constructeurs ont mis au point des voitures fonctionnant avec des biocarburants. Issus de plantes cultivées telles que céréales, betteraves, colza, ou tournesol, soja ou palmier à huile, ils constituent une solution alternative aux carburants d’origine fossile.

Dans quelques pays (notamment en Amérique latine), la culture des biocarburants peut entrer en concurrence avec la production alimentaire. C’est pour éviter cela que d’importants travaux de recherche sont en cours afin de mettre au point des biocarburants de 2e génération. Ces derniers sont issus entre autres de la biomasse (bois, paille...), des algues et de manière plus générale du vivant. Ils sont attendus sur le marché à l’horizon 2020.

Favoriser une agriculture vivrière, locale

Afin de permettre un accès égalitaire à la nourriture, les experts proposent de développer davantage l’agriculture vivrière dans les pays en voie de développement. C’est une agriculture « d’autoconsommation » directement liée à l’alimentation dont l’essentiel de la production est consommé par l’agriculteur et sa famille. Seul le surplus serait vendu sur les marchés locaux.

Cela permettrait également de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports des récoltes du pays de production vers le pays de consommation.

Des modes de production alternatifs

L’agriculture biologique

Pour limiter la pollution et les impacts sanitaires liés aux intrants chimiques, certains modes de production comme l’agriculture biologique se développent. Cette dernière interdit l’usage d’engrais chimiques de synthèse et des pesticides de synthèse, d’antibiotiques en usage préventif pour les animaux ainsi que d’Organismes génétiquement modifiés (OGM).

Selon les objectifs fixés par le Grenelle Environnement, la superficie de l’agriculture biologique est censée représenter 20 % de l’espace national en 2020. Afin de contribuer au développement de cette filière, la loi Egalim impose, dès 2022, 50 % de produits sous labels de qualité dont 20 % de produits bios, dans l’ensemble de la restauration collective publique (donc, les cantines scolaires en école primaire, collège, lycée…). Pour reconnaître les produits issus de ce mode de production, des labels existent, dont les plus connus :

Le label « AB »

Il garantit que le produit contient au minimum 95 % d’ingrédients d’origine agricole biologique.

Le label européen Agriculture biologique

Depuis le 1er juillet 2010, ce logo est obligatoire sur les produits provenant de l’agriculture biologique. Les consommateurs qui achètent des produits munis du logo européen « Agriculture biologique » peuvent être certains que ceux-ci :

  • contiennent au moins 95 % d’ingrédients produits selon le mode biologique ;
  • satisfont aux règles du régime d’inspection officiel ; 
  • proviennent directement du producteur ou du préparateur dans un emballage scellé ; 
  • portent le nom du producteur, du préparateur ou du vendeur et le nom ou le numéro de code de l’organisme d’inspection.

Le cahier des charges du label AB français s'est aligné sur celui du label bio européen, à partir du 1er juillet 2010.

L’agriculture raisonnée

Moins exigeante que l’agriculture biologique, l’agriculture raisonnée mise en place dans l’Union européenne dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) impose entre autres de limiter l’usage de produits engrais et pesticides, d’économiser les ressources en eaux et de pratiquer le tri des déchets. Il n’existe pas de label pour identifier les produits provenant de cette agriculture.  

L’agriculture « à haute valeur environnementale »

La Haute valeur environnementale (HVE) garantit que les pratiques agricoles utilisées sur l'ensemble d'une exploitation préservent l'écosystème naturel et réduisent au minimum la pression sur l'environnement (sol, eau, biodiversité...).

8 218 exploitations françaises bénéficient de la mention HVE au 1er juillet 2020.

La mention HVE s'appuie sur des indicateurs mesurant la performance environnementale des exploitations. Elle est fondée sur quatre critères :

  • la préservation de la biodiversité (insectes, arbres, haies, bandes enherbées, fleurs ...) ;
  • la stratégie phytosanitaire (le soin et la santé des plantes) ;
  • la gestion de la fertilisation ;
  • la gestion de l’irrigation.

L'agriculteur met en œuvre des pratiques agricoles reposant notamment sur les principes de l'agroécologie. Il s'agit de favoriser les ressources et les mécanismes de la nature : autonomie de l'exploitation, amélioration de la valeur ajoutée des produits, réduction de la consommation énergétique, réduction de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques, etc.

Nourrir l’humanité en 2050 reste encore aujourd’hui une question ouverte. Nous savons que nous allons devoir faire face à plusieurs contraintes (explosion démographique, raréfaction des énergies fossiles, changements climatiques...) qui vont nous pousser à nous adapter et à trouver de nouveaux modes de production. Les chercheurs y travaillent. Mais comme dans tous les domaines, le changement sera possible seulement si tout le monde y participe à sa hauteur, chercheurs, agriculteurs... et consommateurs !

 

Pour en savoir plus :